Incursion dans les bases partisanes de la LNH – partie 2

Les partisans des Sénateurs sont beaucoup plus excités par leur équipe que l’on pourrait croire. Photo : Jfvoll | CC 4.0.

Patience, réalisme et engouement, voilà l’image projetée par les partisans des Sénateurs d’Ottawa. Leur patience n’est toutefois pas à prendre à la légère puisqu’elle montre déjà quelques signes de fatigue.

En sélectionnant la base partisane des Sénateurs d’Ottawa pour l’une de mes trois comparaisons avec celle de Montréal, je m’attendais à voir des partisans désespérés et toujours sous le choc de la défaite en finale de conférence face aux Penguins de Pittsburgh en 2017. Je croyais également voir des partisans qui n’avaient plus aucune confiance en leur équipe en raison des dernières saisons de misère qu’elle a connues.

À ma grande surprise, c’est plutôt le contraire qui m’attendait. Les partisans des Sénateurs sont, en effet, étonnamment heureux de la situation dans laquelle se trouve leur équipe. La raison est plutôt simple : oui, l’équipe est présentement mauvaise, mais elle a potentiellement le futur le plus prometteur de toutes les formations de la LNH.

Ainsi, la différence majeure entre la base partisane des Sénateurs et celle du CH, c’est que les partisans d’Ottawa savent être patients.

Des attentes réalistes

Il est évident que très peu de personnes voyaient les Sénateurs participer aux séries éliminatoires. Avec un alignement peu expérimenté et un manque de talent, Ottawa était vue par une majorité d’experts comme étant l’équipe qui allait terminer au dernier rang de la division Nord.

Ces attentes étaient partagées par la base partisane en début de saison. Malgré la progression constante de Brady Tkachuk, le potentiel de Tim Stützle, qui venait de dominer le Championnat du monde junior, l’arrivée d’importants vétérans en Matt Murray et Evgenii Dadonov ainsi que la présence de Thomas Chabot à la ligne bleue, les partisans ne voyaient pas l’équipe prendre part à la danse d’après-saison.

Les réactions envers les performances des joueurs ont également été très différentes de celles des partisans montréalais. Chabot en est justement le parfait exemple. Avec une maigre récolte de 6 buts et un différentiel de -15 pour un défenseur de premier plan, il aurait sans doute été fortement critiqué s’il évoluait à Montréal. Les partisans d’Ottawa ont toutefois été en mesure de réaliser que le manque d’options en défensive contribuait à une surcharge de travail pour Chabot et que ses performances étaient également affectées par le fait que son équipe ne regorgeait pas de talent.

En fait, à l’exception de Dadonov, je n’ai vu aucun joueur des Sénateurs subir autant de critiques que ceux de Montréal. Dans le cas du Russe, sa baisse de production drastique en comparaison à ses dernières saisons, combinée à des performances plus ou moins reluisantes chaque soir, justifie largement la déception des partisans. Il était cependant le seul à subir des critiques constantes. Même les jeunes joueurs de la formation, qui ont commis leur lot d’erreurs ou qui ne produisaient pas de manière constante, y ont échappé. La raison est simple : contrairement aux partisans de Montréal, ceux d’Ottawa étaient en mesure de réaliser dans quelle situation se trouvait leur équipe et pouvaient ainsi modérer leurs attentes envers les joueurs.

D.J. Smith et la gestion d’Erik Brännström

Il a précédemment été question du peu de talent à la ligne bleue des Sénateurs cette saison. Si l’on retire Thomas Chabot de l’équation, les deux meilleurs défenseurs des Sens cette saison ont été Nikita Zaitsev (17 pts en 55 matchs) et la recrue Artem Zub (14 pts en 47 matchs). Rendons cependant à César ce qui lui est dû et n’oublions pas de souligner le différentiel de +4 de Zub cette saison, en évoluant pour une équipe qui affichait un différentiel cumulatif de -37. Il ne faut également pas oublier Mike Reilly, qui a été échangé aux Bruins de Boston au courant de la saison, mais qui avait tout de même amassé 19 points en 40 matchs avec Ottawa.

Devant ce manque de talent flagrant, un bon nombre de partisans et d’analystes de partout à travers la ligue se sont questionnés sur les raisons qui poussaient l’entraîneur-chef D.J. Smith à ne pas aligner le jeune Erik Brännström. Acquis dans la transaction qui a envoyé Mark Stone à Vegas, Brännström est vu comme l’une des pièces maîtresses de l’avenir des Sénateurs. Pourtant, malgré les contre-performances de ses défenseurs réguliers et les blessures à ceux-ci, Smith refusait catégoriquement de lui donner du temps de glace.

Nous avons donc pu assister à une scène un peu trop similaire à celles que l’on voit souvent à Montréal : les partisans ont réclamé le congédiement de l’entraîneur. L’utilisation de Brännström n’était évidemment pas la seule raison derrière cette demande. Les mauvais débuts de saison de certains joueurs, un avantage numérique chancelant et une incapacité à adapter ses trios ont été d’autres points soulevés par la base partisane. Cette révolte a cependant été de courte durée puisque l’équipe s’est rapidement replacée et les transactions complétées par le directeur général Pierre Dorion à la date limite ont forcé la main de Smith, qui n’a pas eu le choix d’habiller Brännström pour le reste de la saison. Le Suédois a finalement complété la campagne avec 13 points en 30 matchs.

À Ottawa aussi, on s’emballe pour peu

Comprenez-moi bien, les partisans des Sénateurs ont absolument le droit d’être optimistes quant à l’avenir de leur équipe. Non seulement les Chabot, Tkachuk, Formenton, Batherson, Brännström, Stützle et compagnie font déjà partie d’un noyau de jeunes talentueux qui sera le cœur et l’âme de cette formation pour la prochaine décennie, mais le nombre d’espoirs de premier plan se joignant aux Sénateurs ne cesse d’accroître chaque année. Encore cette saison, les partisans ont pu voir leurs choix de premier tour des trois dernières années Shane Pinto, Jacob Bernard-Docker et Jake Sanderson évoluer dans la NCAA avec l’université du Dakota du Nord. Les deux premiers ont rejoint la formation de l’Ontario à la fin de leur saison universitaire, presque en même temps que Cole Caufield a rejoint les rangs du CH. Sanderson a, pour sa part, choisi de poursuivre son parcours scolaire pour encore une autre saison.

Si Pinto est sur le radar des partisans depuis un certain temps, Bernard-Docker et Sanderson n’étaient pas encore vus comme des espoirs de premier plan. La sélection de Sanderson en 2020 avait d’ailleurs été plutôt mal accueillie, en raison de la disponibilité de Jamie Drysdale, un autre défenseur qui semblait avoir un plus grand potentiel. Cette perception a cependant rapidement changé après… un seul match éliminatoire! En effet, même si Sanderson a connu une très bonne saison (15 pts en 22 matchs), la moyenne des partisans ne regarde que les séries éliminatoires de la NCAA. Celles-ci se déroulent selon un format d’élimination directe, et non avec des séries 4 de 7, comme dans la LNH. Une victoire de 5-1 a donc été tout ce dont les partisans ont eu besoin pour affirmer :

« Je veux Sanderson à Ottawa dès l’an prochain. »

« Je comprends maintenant pourquoi nous avons choisi Sanderson avant Drysdale. »

« Imaginez-nous quand nous aurons ces trois-là dans notre alignement. »

Encore une fois, les partisans ont raison d’être excités d’avoir autant de bons espoirs, mais affirmer que Shane Pinto sera le premier centre de l’équipe, que Jake Sanderson pourrait gagner le trophée Norris et que Jacob Bernard-Docker assurera l’avenir du côté droit de la ligne bleue après un seul match éliminatoire de la NCAA est peut-être un peu trop prématuré. Rien n’indique que ceux-ci ne joueront pas à la hauteur de ce potentiel, mais les partisans n’auront qu’eux-mêmes à blâmer s’ils sont déçus des performances de ces joueurs, qui totalisent désormais 17 matchs d’expérience dans la LNH.

Au final, l’impression que j’ai eue des partisans des Sénateurs, c’est que ceux-ci ont accepté la période de reconstruction de leur équipe. Ils sont patients, ils sont excités, ils ont hâte de voir les jeunes atteindre leur plein potentiel. Ils savent que leur équipe pourrait se retrouver parmi l’élite du circuit Bettman dans deux ans, mais ils sont également conscients que la route sera légèrement longue. En attendant, ils peuvent se consoler d’avoir vécu une autre saison difficile en se disant qu’ils repêcheront à nouveau dans le top 10 au prochain repêchage, ce qui devrait leur permettre d’ajouter un autre espoir intéressant à leur banque.

Yohan Carrière

Après un stage d'exploration à RDS en 2015, Yohan Carrière débute officiellement sa formation journalistique au cégep Marie-Victorin en 2017. Aujourd'hui étudiant en journalisme à l'UQAM, il compte à son actif plusieurs collaborations, notamment à la radio et en vidéo avec L'Avantage Terrain et à l'écrit avec le magazine L'apostrophe. Toujours considéré par ses pairs comme un excellent communicateur, il vise aujourd'hui à mettre sa voix et sa plume au service des amateurs de sports. En tant qu'ex-joueur et entraîneur de hockey-cosom au sein du RSEQ, il garde un intérêt pour le sport-étudiant, mais se spécialise surtout dans le monde du hockey, du baseball, du tennis et de la Formule 1.

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