Kevin Randleman, le nouvel immortel de l’UFC

Au mois de mai dernier, l’UFC a annoncé l’intronisation de Kevin Randleman à son Temple de la renommée.
Crédit photo: Josh Hedges/Zuffa LLC.

Après l’annonce de l’intronisation de Georges Saint-Pierre au Temple de la renommée de l’Ultimate Fighting Championship lors de l’UFC 249 de mai dernier, l’organisation d’arts martiaux mixtes a procédé à un deuxième couronnement en autant de semaines. Cette fois-ci, c’est l’Américain Kevin Randleman qui a été annoncé comme futur immortel de l’UFC.

Si la première intronisation prend tout son sens lorsqu’on regarde le pedigree de la fierté de Saint-Isidore, qu’en est-il de cet ex-champion des poids lourds de la plus grande organisation d’arts martiaux mixtes au monde? D’autant plus que Kevin Randleman n’a combattu que sept fois dans l’octogone. Voici le portrait d’un des pionniers de l’UFC.

Déniché par un grand

Kevin Randleman est né en 1971 en Ohio. Il a grandi parmi ses 10 frères et soeurs dans une famille peu fortunée. Au collège, il excelle en lutte, sa discipline de prédilection, et se fait remarquer par un certain Mark Coleman, alors champion de l’UFC. Encadré par Coleman, Randleman fera ses débuts en arts martiaux mixtes en 1996 et, comme tout grand champion en devenir, y brillera, remportant ses cinq premiers combats.

C’est en mars 1999 que The Monster fera ses débuts dans l’UFC 19. À l’époque, l’organisation délaisse tranquillement les tournois où les combattants pouvaient combattre jusqu’à trois fois dans la même soirée pour favoriser les combats de championnats, avec des champions par catégorie. Il y affronte l’expérimenté kick-boxeur Maurice Smith, qu’il vaincra par décision unanime.

Dès l’UFC 20, la jeune organisation donne un combat pour le titre à Randleman contre le néerlandais Bas Rutten. Après avoir malmené son adversaire durant les 21 minutes du combat, l’Américain voit la ceinture des poids lourds lui échapper à la suite d’une décision partagée (et controversée) des juges. Malgré les attaques et les amenées au sol de son adversaire, les juges ont considéré que Rutten avait été le plus actif des deux combattants.

Seconde chance

Ce ne fut que partie remise pour Randleman qui, lors de l’UFC 23, obtiendra une seconde chance d’aller chercher les grands honneurs de la plus prestigieuse organisation au monde, cette fois contre le puissant Pete Williams qui arborait une fiche de dix victoires et deux défaites à ce moment. Après avoir servi la même médecine qu’à son adversaire précédent, The Monster quitte, cette fois-ci, l’octogone avec la ceinture à la taille.

Kevin Randleman domine Pete Williams au sol lors de l’UFC 23. Souvent de dos, on a pu admirer son tatouage qui semble, lui aussi, nous regarder.
Crédit photo: capture d’écran de l’UFC 23.

Après avoir dû retarder son retour au jeu en raison d’une chute dans les coulisses de l’UFC 24, Randleman met son titre en jeu lors de l’UFC 26 contre l’invaincu en neuf combats, Pedro Rizzo. Dans un combat très peu flamboyant, il réussit tout de même à neutraliser la force de frappe de l’explosif brésilien pour s’attirer, encore une fois, la faveur des juges et garder son titre des poids lourds de l’UFC.

La prochaine défense de titre de Kevin Randleman se fait contre le légendaire Randy Couture. Et celui qui se met sur le chemin d’un des plus prolifiques combattants de l’histoire de l’UFC peut le regretter amèrement. C’est ce qui arriva à The Monster qui, après avoir mené les deux premières rondes au sol, n’est pas capable d’amener le vétéran au tapis au troisième engagement. C’est plutôt Couture qui garde le combat en clinch, comme lui seul sait le faire, pour dominer Randleman au moment opportun, lui passer le K.O. à la fin du troisième round et filer avec son deuxième titre des poids lourds de l’UFC.

Rebondir

Le retour à la victoire n’est pas de tout repos pour le nouvel immortel puisqu’après sa défaite contre Randy Couture, Randleman se frotte à Chuck Liddell, un autre combattant au Temple de la renommée de l’UFC. C’est ce dernier qui remporte le combat, lors de l’UFC 31, un peu plus d’une minute après le début de l’engagement, d’une gauche foudroyante qui surprend The Monster, lui faisant perdre l’équilibre et un deuxième combat consécutif.

Kevin Randleman goûta une dernière fois à la victoire en UFC lors du 35e événement, contre Renato « Babalu » Sobral. Fidèle à son habitude, il domina complètement son adversaire au sol pour gagner l’appui des juges unanimement, après les 15 minutes réglementaires du combat.

The Monster quitta ensuite l’UFC pour la défunte organisation Pride, pour devenir une des figures de proue de l’entreprise jusqu’à sa dissolution en 2007. Les plus belles années du lutteur de l’Ohio dans cette organisation furent les deux premières avec quatre victoires en six combats.

Par la suite, le manque de versatilité de Kevin Randleman eut raison de sa carrière et de sa fiche de combattant, ne remportant que deux victoires à ses onze derniers affrontements, jusqu’à sa retraite en 2011. L’après-carrière fut difficile pour le combattant, les arts martiaux mixtes de l’époque ne permettant pas aux champions de se reposer jusqu’à la fin de leurs jours.

Kevin Randleman est décédé subitement le 11 février 2016 à la suite de complications dues à une pneumonie. Il était âgé de 44 ans.

Place pleinement méritée

Avec une si courte carrière dans l’Ultimate Fighting Championship, comment se fait-il que Kevin Randleman rejoigne l’élite des combattants de l’organisation? En premier lieu, il faut savoir qu’il y a deux ailes au Temple de la renommée de l’UFC, l’aile moderne et l’aile des pionniers. Avec un CV pareil, The Monster ne pourrait être admis à l’aile moderne. C’est plutôt dans l’aile des pionniers qu’il fera son apparition et cette nomination est parfaitement méritée.

Il fut l’un des premiers dans l’organisation à se battre pour une ceinture de championnat, à la remporter et à la défendre. La manière dont il maîtrisait ses adversaires au sol a inspiré des dizaines de combattants de l’époque et d’aujourd’hui.

Son style était loin d’être le plus flamboyant, la totalité de ses victoires en décision des juges en est la preuve. Cependant, il compensait largement par sa puissance au sol et sa maîtrise du combat en clinch, debout, au corps à corps avec son adversaire.

Kevin Randleman était tout un athlète.
Crédit photo: Susumu Nagao/Zuffa LLC/Zuffa LLC via Getty Images.

Ses qualités athlétiques étaient aussi hors du commun. Il avait une endurance hors pair, pouvant combattre tout un combat sans montrer aucun signe de fatigue. De plus, sa capacité de contre-attaque témoignait de sa vitesse exceptionnelle. Il est très rare de voir un combattant rapide et très endurant à la fois.

Un grand parmi les grands

Bref, même s’il n’a pas duré des siècles dans l’Ultimate Fighting Championship et que ses combats n’étaient pas les plus excitants, Kevin Randleman mérite tout-à-fait ses lettres de noblesse. Ses qualités physiques, son court succès et son legs dans l’organisation ont logiquement poussé le lutteur vers la légende de l’UFC.

Kevin Randleman est un nom qui ne doit pas être oublié dans les arts martiaux mixtes et sa mémoire sera à tout jamais gravée parmi les gigantesques Royce Gracie, Chuck Liddell et Randy Couture.

Étienne Bouthillier

Étudiant en journalisme à l'UQAM, Étienne Bouthillier tombe amoureux du soccer lors de la Coupe du Monde 2014. Ses premiers pas dans le monde des médias remontent à 2016, où il écrit des articles pour le Kan Football Club pendant deux ans. En 2018, il se lance dans le monde du podcast avec « Les Trois Lions », un balado sur le foot anglais. Il anime aujourd'hui l'émission hebdomadaire du Kan Football Club sur CHOQ.ca. Il est aussi impliqué dans les activités du Royal de Montréal, l'équipe professionnelle d'ultimate frisbee de la métropole. Ses champs d'expertise sont le soccer, l'ultimate frisbee et les arts martiaux mixtes.

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