Un vent de fraîcheur chez le Wild du Minnesota

Kirill Kaprizov a épaté la galerie lors de ses deux premières parties avec le Wild. Photo : Adobe Stock.

Kirill Kaprizov, l’attaquant russe sélectionné par le Wild en cinquième ronde du repêchage de 2015, a récolté quatre points à ses deux premières parties avec l’organisation. Il s’agit véritablement d’un cadeau tombé du ciel pour Minnesota, qui n’a pas vu un joueur de la trempe de Kaprizov depuis Marian Gaborik, en 2007-2008.

Les attentes sont hautes envers Kaprizov. Ce dernier a évolué dans la KHL lors des six dernières années, avec le Novokuznetsk Metallurg, le Ufa Salavat Yulayev et le CSKA de Moscou. Sa production offensive a connu une progression constante durant son séjour dans la ligue russe, passant de 0,25 point par rencontre en 2014-2015 à 1,08 en 2019-2020. Lors de ses deux dernières saisons avec le CSKA, il a amassé 63 buts en 114 rencontres, ce qui le place au premier rang des buteurs de la KHL durant cette période.


Les amateurs et experts, quoiqu’excités de voir Kaprizov patiner sur une glace nord-américaine, étaient mitigés quant à l’impact que Kaprizov aurait sur le Wild, surtout avec ce que Nikita Gusev a offert comme production offensive dans la LNH à son arrivée. Gusev avait terminé au deuxième rang (derrière Ilya Kovalchuk) et au premier rang des pointeurs de la KHL de 2016 à 2018. En 2017-2018, Gusev avait dominé la KHL, récoltant 82 points en 62 rencontres, la meilleure production offensive de ses quatre saisons avec le SKA, chose impressionnante puisqu’il a toujours récolté plus d’un point par match en Russie. Gusev a certes eu une production intéressante avec les Devils lors de sa première saison (44 points en 66 rencontres), mais bien en deçà de sa production dans la KHL. Kovalchuk aussi produisait à un rythme effréné dans la ligue russe, mais s’est éteint lors de son retour avec les Kings, les Canadiens et les Capitals.

C’est donc avec une fébrilité teintée de prudence que le Wild a accueilli Kaprizov dans sa formation pour son premier match contre les Kings de Los Angeles. Kaprizov, ne mesurant que 5 pieds et 9 pouces, venait donc s’ajouter à une offensive menée par des joueurs de petite stature en Zach Parise (5’10”), Kevin Fiala (5’11”), Mats Zuccarello (5’8″) et le meneur pour les points chez les défenseurs du Wild, Jared Spurgeon (5’9″). Le plus récent choix de l’équipe en première ronde, Marco Rossi, n’est pas non plus un géant, à 5 pieds et 9 pouces. Avec la perte de trois grands centres en Eric Staal (6’3″), Mikko Koivu (6’3″) et Luke Kunin (6’0″), c’était à se demander si le Wild manquait de grosseur pour compétitionner avec les autres grosses équipes de sa division. Jusqu’à présent, ça ne semble pas être un problème pour la formation du Minnesota.

Un départ réussi

Les deux premières rencontres de Kirill Kaprizov n’ont pas de quoi décevoir les amateurs du Wild. Celui-ci a amassé quatre points en deux rencontres, dont un but gagnant en prolongation et une mention d’aide sur le but de la victoire en prolongation lors du deuxième affrontement contre les Kings.

Kaprizov marque le but de la victoire en prolongation à l’aide d’une belle feinte. Vidéo : NHL via YouTube.

L’excitation était palpable chez l’annonceur du Wild, qui ne doit pas être habitué de voir de telles manœuvres. Ce dernier a déclaré « Kirill the thrill is for real », qui se traduit par « Kirill l’électrisant est pour de vrai ». Si l’agitation a été ressentie par l’annonceur, c’est aussi le cas pour le Wild, qui s’est emballé sur Twitter.

Ses performances lors des deux premières parties ne se résument pas qu’à la feuille de pointage. Kaprizov a créé une chance de marquer durant presque chaque présence sur la patinoire, obtenant quatre tirs au but et un Corsi de 55,28%. À l’observer jouer, on ne se douterait jamais qu’il ne mesure que 5 pieds 9 pouces, tellement son style de jeu est imposant. Son tir, son coup de patin et sa vision du jeu sont tous élites et, même s’il est considéré comme une recrue, Kaprizov joue déjà comme un vétéran. C’est là l’avantage de jouer six saisons dans une ligue professionnelle avant d’arriver dans la LNH : les joueurs sont déjà habitués à un jeu rapide et peuvent plus facilement s’adapter à la glace nord-américaine, chose que le numéro 97 du Wild effectue avec brio.

Une première depuis Gaborik

La dernière fois que le Wild a pu compter sur une vedette dans sa formation, c’était en 2007-2008, alors que Marian Gaborik avait inscrit 83 points, dont 42 buts, en 77 rencontres. Depuis, le Wild est l’une des équipes les plus dans la moyenne, ratant les séries six fois, se faisant éliminer en première ronde quatre fois et en deuxième ronde deux fois. Gaborik faisait certes partie d’un alignement moyen, mais sa performance dominante en séries 2002-2003 aura au moins poussé le Wild en finale de conférence pour la seule fois de son histoire.

Bill Guerin, le nouveau directeur général du Wild, ne semble pas aider son équipe depuis son arrivée en poste, le 21 août 2019. Voici donc la liste des échanges et des signatures qu’il a effectués depuis son embauche :

Transactions et signatures majeures effectuées par Bill Guerin depuis son embauche en août 2019.

Si on s’amuse à compiler ce que Guerin a donné et reçu, le portrait devient inquiétant. Depuis son arrivée, le Wild a donc perdu Eric Staal, Luke Kunin, Devan Dubnyk, Mikko Koivu, ainsi que des choix de 4e, 5e et 7e ronde. En retour, il a reçu Nick Bonino, Marcus Johansson, Cam Talbot et Nick Bjugstad, en plus de maintenant dépenser 12,7M$ par année pour Jonas Brodin, Cam Talbot et Marcus Foligno. Comme première année en tant que DG, je ne crois pas qu’il s’agisse d’une mission accomplie pour Guerin.

Il s’agit donc d’un cadeau tombé du ciel pour le nouveau directeur général, qui accueille Kaprizov après une série de signatures et d’échanges douteux. C’est l’équivalent d’investir la totalité de ses épargnes dans les actions de Blockbuster en 2010 pour finalement se rendre compte qu’on avait une tante riche et célèbre qui est décédée et qui nous lègue des millions de dollars. Chose certaine, Guerin a du pain sur la planche s’il veut que le Wild soit une équipe compétitive. Avec Parise et Suter qui ne rajeunissent pas, Kaprizov devra porter le poids du Minnesota sur ses épaules pour de nombreuses années à venir.

Antonin Martinovitch

Ayant pratiqué le sport pendant près de 15 ans, Antonin Martinovitch mange, dort et respire hockey. Amateur de statistiques avancées, il fait parler les chiffres, montrant le sport sous un angle différent. Étudiant au baccalauréat en journalisme à l’UQÀM ainsi que dictionnaire sur pattes, il transmet sa passion du monde sportif à travers ses écrits et ses chroniques vidéos. Ses divers intérêts à un bas âge au football, au golf et à la Formule 1 ont aussi persisté, faisant de lui avant tout un amateur de sport. « Comment aimeriez-vous un travail où, chaque fois que vous commettez une erreur, une grosse lumière rouge s'allume et 18 000 personnes vous huent ? » – Jacques Plante

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