À quoi pourraient ressembler les transferts cet été?

Jadon Sancho du Borussia Dortmund est une cible de choix pour le mercato d’été à venir.
Crédit photo: DeFodi Images / Getty Images

Pour ceux qui sortent d’un coma dans lequel ils sont tombés en 2019, je vous annonce que la planète entière est frappée par une pandémie causée par la COVID-19 et que le sport, sans mauvais jeu de mots, a été mis sur la glace le temps que la fameuse courbe d’infection s’aplatisse et redescende, pour le bonheur de tous.

Passons maintenant de la glace au gazon. La quasi-totalité des championnats dans le monde ont été mis sur pause, ce qui a bien évidemment causé une baisse des revenus pour les ligues et les équipes. Plus de revenus télés et encore moins d’argent amassé à la billetterie. Cependant, il faut tout de même assumer les dépenses de maintenance du stade, ainsi que les salaires non seulement des joueurs, mais aussi des employés quotidiens des équipes. Cela cause beaucoup d’incertitude financière pour les clubs de soccer et les histoires de baisses de salaire des joueurs pour redonner aux employés essentiels de l’équipe ont fusé de part et d’autre en mars et en avril.

Reprise des activités

Ceci étant dit, quelques championnats reprennent tranquillement leurs activités, que ce soient des entraînements progressifs ou une reprise totale des activités, comme la Bundesliga en Allemagne. Bien entendu, la reprise du soccer en Europe, à huis clos, est motivée par des éléments purement économiques puisque la distanciation sur les terrains de soccer est très discutable. Les droits de diffusion sont une partie importante du revenu des équipes de soccer et le fait de recommencer à jouer pourra renflouer les coffres de certaines pour assurer à tout le moins leur survie.

En revanche, le marché des transferts estival arrive à grands pas et ces quelques mois sont souvent cruciaux pour les équipes afin de se débarrasser du bois mort et de renforcer les positions un peu plus faibles dans l’effectif. Sachant les difficultés financières des équipes avec les quelques derniers mois d’inactivité, est-ce que le mercato d’été se déroulera comme d’habitude? Honnêtement, je ne crois pas. Voici quelques options qui s’offrent aux équipes pour pouvoir tout de même procéder à des mouvements d’effectif.

1. Une déflation de la valeur des joueurs

On commence déjà à voir le phénomène sur le site de calcul de valeur marchande TransferMarkt. La majorité des joueurs de Manchester United ont vu leur valeur marchande baisser de 20%, pour une dévaluation de 19% de tout l’effectif. Est-ce que cette déflation se fera sentir dans les montants des transferts? Depuis quelques années, et surtout depuis le transfert de Neymar au PSG, les montants pour les joueurs qui suscitent un gros engouement sont complètement démesurés. Est-ce que le Borussia Dortmund pourra toucher les 120 millions d’euros demandés pour la pépite anglaise Jadon Sancho? Je ne crois pas. Est-ce que le club allemand acceptera de le laisser partir à un plus bas prix ou préférera-t-il attendre une année ou deux pour le vendre à sa juste valeur? Tout dépendra de la vitesse à laquelle le marché grimpera à nouveau, ce qui peut prendre un peu de temps.

Le milieu de terrain français Paul Pogba a vu sa valeur marchande chuter de 100 à 80 millions d’euros depuis deux mois, selon TransferMarkt. Crédit photo : Getty Images.
2. Des transferts gratuits

Certaines équipes en sont expertes : repérer les aubaines et signer des joueurs vedettes en fin de contrat afin d’éviter les frais de transfert et obtenir le joueur gratuitement. La Juventus (Rabiot, Pogba, Alves) et le Bayern (Goretzka, Lewandowski, Nübel) se font souvent un plaisir de signer des monstres ou de futures stars sans payer un sou. Est-ce que ce sera la tendance cet été? Est-ce que plusieurs clubs tenteront de les imiter et laisseront aller quelques joueurs sans indemnité de transfert pour être en mesure d’aller en chercher d’autres sans dépenser de l’argent? Si ce n’est pas dans la mentalité des équipes, je ne crois pas que cette option sera naturellement envisagée par une majorité des clubs de soccer.

3. Des échanges de joueurs

Alors que l’idée de payer un montant d’argent pour briser les contrats des sportifs est inconcevable chez le partisan nord-américain, celle d’échanger des contrats entre équipes est tout aussi peu orthodoxe chez les Européens. Quoique cette pratique soit peu courante sur le vieux continent, il est arrivé dans l’histoire qu’il y ait des super échanges de joueurs entre équipes (Sanchez-Mkhitaryan, Luiz-Matic, Ibrahimovic-Eto’o). Cependant, il ne s’agit pas ici d’un échange direct d’un contrat, comme on le voit dans les circuits fermés d’Amérique du Nord. Pour s’échanger des services, les équipes doivent s’assurer du consentement des joueurs. Par la suite, il n’est pas question d’envoyer le contrat à l’autre équipe. L’entente en question est résiliée et on doit en renégocier une nouvelle, ce qui n’est pas une mince affaire. 

Cette option est, en revanche, très viable si l’on veut pallier le manque de ressources financières des équipes. Si les éléments sont réunis, elles réussissent à s’échanger des services sans dépenser un sou en indemnité de transfert. D’ailleurs, certaines équipes semblent déjà séduites par l’idée, comme la Juventus et le FC Barcelone, qui semblent vouloir s’échanger entre eux la moitié de leur effectif, si l’on se fie aux rumeurs qui circulent.

4. Des prêts avec option/obligation d’achat

Celle-ci est mon alternative préférée. Si les équipes sont en manque de liquidité, pourquoi ne pas simplement utiliser des prêts sur un an ou deux afin de retarder le paiement d’un joueur ou de l’étendre sur une plus longue période? Si l’on trouve preneur, on peut alors se défaire des indésirables et aller chercher nos cibles potentielles, comme un réel mercato, et négocier des options ou des obligations d’achat pour s’assurer des services à long terme des joueurs. Un scénario gagnant pour tout le monde.

L’attaquant Kylian Mbappé est arrivé en prêt avec obligation d’achat au PSG en provenance de Monaco durant l’été 2017.
Crédit photo : Frank Fife / AFP.
5. Peu ou pas de transfert

En tenant compte du contexte, cette option est possible, mais tout de même ennuyante. Si les équipes n’ont tout simplement plus d’argent, pourront-elles dépenser des millions d’euros en montant de transfert? Non. Et qui voudra acheter les joueurs sur le départ? Aucune. Cependant, les équipes voudront absolument, et par tous les moyens possibles, améliorer leur effectif pour l’année suivante. Mis à part Liverpool, dans les plus grands championnats d’Europe, aucune équipe ne connaissait une saison digne de son objectif. Garder le même effectif serait une catastrophe pour ces équipes et les alternatives citées plus haut devraient donc être envisagées par celles-ci.

6. Aucun changement, un mercato d’été comme à la normale

Compte tenu de toutes les histoires de déficit que l’on entend chez les clubs de soccer européens, le fait que le mercato se déroule comme si de rien n’était cet été est quasi improbable. Cependant, avec les quelques retours au jeu annoncés de certains championnats, il est plausible de voir un marché des transferts influencé par quelques mastodontes européens qui lanceraient le bal pour tous. Par exemple, si Manchester United, un club milliardaire revigoré par les droits télés dus à un imminent retour au jeu, décidait de débourser 120 millions d’euros pour Jadon Sancho, Dortmund pourrait alors dépenser une partie de ce montant ailleurs et le mercato serait lancé. Si quelques gros s’y mettent, cela pourrait repartir à la normale, mais je ne crois pas que ce soit pour cet été.

La fenêtre des transferts pour l’été 2020 en sera une des plus intrigantes des dernières années. Ce qui est sûr, c’est que certaines équipes voudront renflouer leur coffre, quitte à laisser partir quelques pépites pour assurer leur survie. Espérons seulement que ce ne sera pas les plus grosses équipes qui profiteront de ces aubaines pour creuser une fois de plus le déjà trop gros fossé qui les sépare des plus petits budgets.

Étienne Bouthillier

Étudiant en journalisme à l'UQAM, Étienne Bouthillier tombe amoureux du soccer lors de la Coupe du Monde 2014. Ses premiers pas dans le monde des médias remontent à 2016, où il écrit des articles pour le Kan Football Club pendant deux ans. En 2018, il se lance dans le monde du podcast avec « Les Trois Lions », un balado sur le foot anglais. Il anime aujourd'hui l'émission hebdomadaire du Kan Football Club sur CHOQ.ca. Il est aussi impliqué dans les activités du Royal de Montréal, l'équipe professionnelle d'ultimate frisbee de la métropole. Ses champs d'expertise sont le soccer, l'ultimate frisbee et les arts martiaux mixtes.

Laisser un commentaire