Faites attention, SVP!

Le hockey sera toujours un sport dangereux, mais il est possible de limiter les risques en étant conscient de ce danger. Photo : cottonbro | Pexels.

La blessure de John Tavares lors du premier match de la série Canadiens-Maple Leafs doit servir de rappel que le sport est dangereux. À l’aube de la relance des sports au Québec, il est important de rappeler à tous et à toutes que les accidents sont vite arrivés.

Personne, et je dis bien personne, n’était à l’aise après avoir vu l’état du capitaine des Maple Leafs de Toronto, John Tavares, après que sa tête soit entrée en collision avec le genou de Corey Perry jeudi soir. On le sait et on le dit souvent : le hockey des séries éliminatoires est un hockey beaucoup plus robuste et dangereux. Les risques sont plus présents et les arbitres sont plus tolérants. Les joueurs savent dans quoi ils s’embarquent, ils sont payés des millions de dollars pour courir ces risques. Tavares commande un salaire de 11 millions de dollars, il sait qu’il court un risque énorme à chaque présence sur la glace, mais c’est la même réalité qu’un pompier qui fonce dans un incendie. C’est son travail et il a choisi de vivre avec ce risque. Les jeunes sportifs et sportives du Québec ne sont pas payés et n’ont pas choisi de vivre avec ces risques. Ils ont choisi d’avoir du plaisir et de pratiquer leur activité favorite. Il ne s’agit pas seulement des jeunes. Dans les ligues de garage, dans les circuits récréatifs, partout dans le sport amateur, il y a des gens qui subissent des blessures extrêmement graves qui pourraient pourtant être facilement évitées si tout le monde faisait un petit peu plus attention.

C’est peut-être de la paranoïa, mais, avec les gestes dangereux posés par les hockeyeurs professionnels dans les dernières semaines, il y a peut-être de quoi être inquiet pour la reprise des sports. Quand on pense au geste de Tom Wilson ou de Nazem Kadri, ou encore au combat totalement inutile qui a suivi l’incident Perry-Tavares, on se doit de s’imaginer comment ces coups souvent non punis ou vantés par les partisans encouragent certaines personnes à tenter de les reproduire.

Si vous avez déjà joué au hockey, au dek ou au cosom dans une ligue de garage, vous savez immédiatement de quel type de joueur il est question. Des joueurs qui prennent souvent leur sport un peu trop au sérieux et qui sont souvent beaucoup plus physiques que le client en demande. N’oublions pas que les joueurs qui jouent à un niveau où le contact est permis reçoivent une formation pour apprendre à donner et à recevoir une mise en échec. La majorité des joueurs des ligues de garage n’ont aucune idée de comment s’y prendre, et le risque est là. Donner une mise en échec sans savoir comment faire et sans que l’autre joueur sache comment réagir, c’est aussi dangereux qu’aller sur l’autoroute sans savoir comment conduire. Souvent, le résultat peut même être encore pire.

Cet avertissement ne s’applique pas seulement au hockey. Le football est un sport toujours dangereux en raison des nombreux contacts à la tête. Le soccer est pratiqué avec un minimum d’équipement, ce qui rend les blessures assez faciles. Plus tôt cette semaine, nous avons vu deux incidents dangereux au baseball : le lanceur des Twins Tyler Duffey qui a presque tenté de blesser Yermin Mercedes des White Sox après que ce dernier ait brisé une règle non écrite du baseball ainsi que Kevin Pillar, des Mets de New York, qui a reçu une balle rapide de 151 km/h directement au visage. Cette blessure n’était certes pas la faute de Pillar ni du lanceur, mais cet autre incident nous rappelle que le sport est dangereux et qu’il y a des risques de blessures graves. Une fois que tout le monde en est conscient, il n’y a plus grand-chose à faire, mais il faut justement que tout le monde en soit conscient.

Des circonstances qui favorisent le risque

Le gouvernement Legault a annoncé un plan qui laisse entrevoir un retour à la normalité d’ici la fin de l’année 2021. Cela signifie que les sports reprendront également de façon progressive. Après autant de temps sans jouer au hockey, au football, au soccer, peu importe, il sera normal de voir les joueurs de tous les niveaux débarquer sur les terrains avec une intensité monstre et un désir de jouer incroyable. Le niveau d’énergie sera plus relevé que jamais. Ce sera du beau sport à voir, mais surtout à pratiquer. Ce sera cependant du sport plus dangereux que jamais.

Je ne suis pas en train de demander aux sportifs et aux sportives du Québec de se calmer, de ne pas jouer à 200%, de ne pas aller pour la balle ou la rondelle dans le coin, ou encore de laisser un joueur marquer par peur de lui faire mal. Je suis moi-même un sportif et je ne tolérerais pas que l’on me demande ce genre de chose. Par contre, je demande à tous et à toutes de faire attention. De se rappeler que derrière le casque et les épaulettes du joueur de football d’un cégep x se trouve un étudiant en finances qui n’aspire pas à joindre les rangs d’une équipe de la LCF, mais plutôt d’une banque de renommée mondiale. De se rappeler que le gardien de but de l’autre équipe est peut-être un père monoparental qui a fait garder ses enfants pour pouvoir avoir un deux heures de pause et jouer au hockey. De se rappeler qu’ils et elles ne sont pas dans les ligues professionnelles, mais bien dans des ligues récréatives où le but n’est pas de gagner, mais bien de passer un bon moment.

Je veux surtout prendre un moment pour m’adresser aux plus jeunes, ceux et celles qui disputeront leurs premiers matchs organisés cette année, ou encore les vétérans de quelques saisons, mais qui ont toujours moins de 15 ans. Vous aussi faites attention. Ce n’est pas parce certaines personnes disent que Tom Wilson a l’air d’un homme en jouant dangereusement, que vos parents et vos grands frères sourient lorsque Brad Marchand se fait écraser dans la bande ou que vos vidéos préférées de YouTube sont des compilations des plus gros contacts de la NFL que c’est une bonne idée de tenter de répliquer ces gestes. Un goon ce n’est pas cool, ce n’est pas agréable et ça n’a surtout pas sa place dans les ligues de sport mineures et scolaires. Ne suivez pas ces exemples, contentez-vous de profiter du moment avec vos coéquipiers et n’hésitez pas à féliciter l’adversaire et à lui serrer la main à la fin d’une partie.

Oui, les accidents vont arriver, mais, en étant conscient des risques et en retenant les actions inutiles, vous arriverez toujours à prévenir ceux-ci ou, au moins, à limiter les dégâts. Le coup de genou de Perry était accidentel, il n’y avait pas vraiment d’autre issue, mais il s’agit d’une exception à une règle qui noircit toujours l’image du sport. C’est un peu pour cela qu’il faut encourager les préfets de discipline à sévir contre les joueurs dangereux. En donnant une amende de 5000$ à Tom Wilson, le message envoyé par la ligue fut que ses actions n’étaient pas trop graves. Un message qui pourrait être perçu de la même manière par les jeunes sportifs. Encore une fois, c’est peut-être de la paranoïa, mais mieux vaut avoir la discussion maintenant, au lieu de l’avoir à l’hôpital.

Au risque de me répéter, je tiens à lancer une dernière fois ce message à tous les sportifs et sportives de tous les niveaux : lors de la reprise des sports, s’il vous plaît, pour votre bien et celui des autres, faites attention.

Yohan Carrière

Après un stage d'exploration à RDS en 2015, Yohan Carrière débute officiellement sa formation journalistique au cégep Marie-Victorin en 2017. Aujourd'hui étudiant en journalisme à l'UQAM, il compte à son actif plusieurs collaborations, notamment à la radio et en vidéo avec L'Avantage Terrain et à l'écrit avec le magazine L'apostrophe. Toujours considéré par ses pairs comme un excellent communicateur, il vise aujourd'hui à mettre sa voix et sa plume au service des amateurs de sports. En tant qu'ex-joueur et entraîneur de hockey-cosom au sein du RSEQ, il garde un intérêt pour le sport-étudiant, mais se spécialise surtout dans le monde du hockey, du baseball, du tennis et de la Formule 1.

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