La MLS doit-elle tout de même aller de l’avant avec son tournoi?

Crédit photo : Orlando City SC.

Nous étions le 10 juin. Le déconfinement suite à l’arrêt subit causé par la pandémie de COVID-19 s’amorçait tranquillement et la MLS (Major League Soccer) annonçait la tenue de son tournoi MLS is Back pour la reprise de ses activités. Depuis ce temps, le contexte lié à la pandémie a énormément changé et la situation aux États-Unis est plus critique que jamais.

En premier lieu, en quoi consiste MLS is Back? Il s’agit d’un tournoi qui peut s’apparenter à celui d’une compétition internationale comme la Coupe du monde ou l’Euro. C’est-à-dire que chaque équipe se retrouve dans un groupe de quatre et doit jouer un match contre chacune d’entre elles. Les meilleures équipes de chaque groupe se retrouvent dans la phase à élimination directe jusqu’à ce que l’on couronne une équipe championne. La compétition se déroulera du 8 juillet au 11 août. L’équipe qui gagnera le tournoi se verra octroyer une place pour la Ligue des champions de la CONCACAF 2021. Les parties disputées pendant la phase de groupes seront comptabilisées dans le classement de la saison régulière, qui reprendra à la fin de la mini-compétition.

Des mesures très strictes

Voilà le concept. Maintenant, comment réussir à faire fonctionner une telle opération sans risquer une contamination dans les différents marchés de la MLS en Amérique du Nord? Le scénario visé par la MLS et étudié par la majorité des grandes ligues de sport professionnel en Amérique du Nord est celui de la ville-bulle, un espace restreint et fermé pour tous les joueurs de la ligue et leur entourage, où le virus ne pourrait y entrer ou y sortir, s’il a tout de même le malheur de se pointer le nez. La Major League Soccer a choisi les installations de la ville d’Orlando, en Floride, et peut compter sur l’organisation de Disney pour leur donner un coup de main au niveau opérationnel.

De plus, la MLS instaurera des processus très stricts en matière de prévention et de dépistage de la COVID-19. Tous les membres des équipes ont été testés deux fois avant leur arrivée à Orlando. Dès leur arrivée en Floride, ils seront à nouveau testés, puis à chaque jour pour les deux premières semaines de leur séjour. Après cela, le dépistage se fera de manière régulière et à chaque veille de match. La température corporelle sera prise régulièrement, le masque sera porté systématiquement et la distanciation sociale sera respectée.

Décidément, la MLS prend la situation bien au sérieux et ne semble pas vouloir de foyer d’éclosion au sein de ses équipes. Cela nuirait extrêmement à son image et la reprise du sport pourrait être grandement endommagée.

La ville-bulle est théoriquement parfaite, mais…

… les risques de contamination sont présents. Et les cas commencent déjà à sortir. Il faut dire que la MLS est très transparente en ce qui a trait à la divulgation de ses chiffres. Une mise à jour quotidienne est effectuée sur son site Internet. Déjà, six joueurs du FC Dallas ont été testés positifs à la COVID-19 à leur arrivée à l’hôtel. Cependant, tout porte à croire que l’infection s’est faite au Texas. Tout de même. Malgré les mesures rigoureuses prises avant leur départ, le virus s’est déplacé et est entré dans la bulle.

Un nouveau cas chez le Crew de Columbus serait vraisemblablement rapporté. Tout indique que la contamination s’est faite dans la fameuse bulle d’Orlando. La situation du Nashville SC semble aussi un peu bizarre, quoique l’équipe ne s’est pas encore déplacée en Floride. Bref, à cinq jours du premier coup d’envoi prévu, le virus semble vouloir se faufiler insidieusement dans l’espace pourtant bien contrôlé par les autorités de la ligue. Le risque est tout de même grand.

Éclosion record aux États-Unis

Si l’on sort un peu de cette fameuse bulle, on remarque qu’elle se trouve directement dans l’épicentre mondial de l’épidémie. Les États-Unis, et l’État de la Floride, ont amorcé un déconfinement en juin qui s’est avéré plutôt hâtif. En effet, depuis quelques jours, il y a une réelle flambée quant aux nouveaux cas confirmés de la COVID-19. Hier, la Floride affichait plus de 10 000 nouveaux cas, du jamais vu depuis le début de la pandémie.

La ville-bulle à Orlando semble théoriquement assez protégée. Sera-t-elle assez efficace pour résister aux va-et-vient du monde extérieur, comme celui des employés des hôtels qui, malgré toute leur bonne volonté, sont très à risque dans le plus grand foyer mondial du nouveau coronavirus en date d’aujourd’hui? Impossible de le savoir, mais le risque est tout de même grand.

Une tranche d’âge moins à risque

Au fur et à mesure que nous vivons cette pandémie, les informations la concernant et les recherches pour y découvrir tous ses effets sortent petit à petit. La COVID-19 s’attaque à tout le monde, mais s’avère être critique chez les personnes plus âgées et ceux qui souffrent de problèmes respiratoires, entre autres. Les risques de voir un athlète professionnel d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années décéder de la COVID-19 sont assez minces, quoiqu’existants. Le problème n’est pas là. Le problème ne se trouve pas seulement chez l’infection potentielle des joueurs.

Maxi Urruti avec l’Impact de Montréal, quittant pour Orlando.
Crédit photo : Twitter (@impactmontreal)

Si un joueur contracte le nouveau coronavirus, le risque qu’il infecte plusieurs de ses coéquipiers est bel et bien présent. De plus, une faille pourrait faire en sorte qu’un des joueurs quitte la bulle avec le virus et infecte son lieu de résidence. Il s’agit ici de 31 marchés en Amérique du Nord et, avec au moins 50 personnes par délégation, le risque est présent. La MLS est aussi très vague quant aux retours de ses équipes dans leurs villes respectives. Elle stipule que chacune des équipes devra se conformer aux normes établies par leur marché. Bien qu’il soit censé en avoir, la ligue ne parle pas de tests menés au départ des équipes.

De plus, si la ligue a échappé des cas à Dallas avant que l’équipe n’arrive à Orlando, est-ce que l’inverse pourrait se produire? Pourrait-on se retrouver avec de nouvelles éclosions à Vancouver, Montréal ou Salt Lake City? C’est possible, et le risque est tout de même grand.

Catastrophe pour l’image

Malgré tout ce qu’on peut en penser, la MLS a encore le pouvoir de reporter ou d’annuler son tournoi. Ce serait une catastrophe à tous les niveaux et sa crédibilité serait atteinte pendant de longues années, mais le report est possible. Ce qui serait plus dommageable que reporter, c’est d’être responsable, ne serait-ce que d’une seule éclosion en Amérique du Nord.

Il est assuré que la ligue fera tout en son pouvoir pour éviter une telle situation. Personne ne veut voir la situation s’aggraver et surtout pas les gens responsables. Par contre, alors que toutes les équipes ne sont pas encore arrivées, on voit déjà que la bulle n’est pas complètement hermétique. Bref, quand l’on considère que la situation aux États-Unis est pire que lors du report des activités au mois de mars, il pourrait être sage de reporter le tournoi MLS is Back.

J’espère bien me tromper et que tout se déroulera sans anicroche, mais, honnêtement, le risque est tout de même grand.

Étienne Bouthillier

Étudiant en journalisme à l'UQAM, Étienne Bouthillier tombe amoureux du soccer lors de la Coupe du Monde 2014. Ses premiers pas dans le monde des médias remontent à 2016, où il écrit des articles pour le Kan Football Club pendant deux ans. En 2018, il se lance dans le monde du podcast avec « Les Trois Lions », un balado sur le foot anglais. Il anime aujourd'hui l'émission hebdomadaire du Kan Football Club sur CHOQ.ca. Il est aussi impliqué dans les activités du Royal de Montréal, l'équipe professionnelle d'ultimate frisbee de la métropole. Ses champs d'expertise sont le soccer, l'ultimate frisbee et les arts martiaux mixtes.

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