Le diable ne sait plus danser

Jack Hugues (gauche) et P.K Subban (droite). Source : Twitter.

Les Devils du New Jersey ne semblent aller nulle part. Lors du règne de Ray Shero, de 2015 à 2020, ils ont fini 24e au classement général en moyenne, en ne participant aux séries éliminatoires qu’une seule fois. Leur unique participation fut lors de la saison 2017-2018 et leur présence ne leur a permis d’amasser qu’une seule victoire. Voici donc une analyse de leurs déboires récents.

Bâtir par le repêchage

La recette du succès des meilleures équipes de la LNH semble plutôt simple lors des récentes années : bâtir une équipe par le biais du repêchage. Tampa Bay et Boston en sont des exemples parfaits ; Steven Stamkos, Nikita Kucherov, Patrice Bergeron et Brad Marchand ont tous été repêchés par ces dernières. Les Devils semblent échouer dans cet aspect. Parmi les 42 joueurs repêchés par New Jersey lors des cinq dernières années, seuls trois joueurs ont joué plus que 100 parties dans leur uniforme. Il s’agit de Pavel Zacha (6e au total en 2015), Jesper Bratt (162e en 2016) et Nico Hischier (1er au total en 2017).

Certes, le gardien Mackenzie Blackwood a disputé 70 parties pour l’organisation. Il devrait continuer sur sa lancée lors des prochaines années, après sa performance incroyable devant les filets cette saison. Jack Hughes, premier choix au total en 2019, a déçu lors de sa première saison, n’amassant qu’un faible 21 points en 61 parties.

Zacha, qui en est à sa 6e saison, tente toujours de s’établir dans le top six de la formation. Toutefois, son inconstance au niveau de sa production offensive est très inquiétante. Jesper Bratt est un point lumineux dans une pièce autrement sombre. Son flair offensif est de plus en plus évident et il réussit à se démarquer grâce à sa vitesse et sa vision du jeu. Hischier ne déçoit pas non plus : le jeune centre suisse s’améliore de partie en partie et épate à chaque présence sur la patinoire. Depuis le début de sa jeune carrière, il récolte 0,64 points par match, faisant de lui un bon centre offensif de deuxième trio.

À gauche, puis à droite

L’acquisition de Taylor Hall en 2016 en retour d’Adam Larsson avait toutes les apparences d’un coup de génie – et c’en était un! Les Devils ont réussi à mettre la main sur un joueur étoile en retour d’un défenseur à caractère défensif jouant dans le top 4. La saison suivante fut cependant décevante : les Devils ont raté les séries et Hall n’a récolté que 53 points. Shero va donc transiger, lors de l’été 2017, pour Marcus Johansson et Sami Vatanen. La saison suivante, tout a changé et le directeur général voit une chance d’aller loin en séries. Il échange donc quelques choix de 2e et 3e tours pour acquérir Patrick Maroon et Michael Grabner. Hall remporte le trophée Hart, remis au joueur le plus utile à son équipe, en amassant un impressionnant 93 points. On connaît toutefois la suite : une élimination en cinq parties contre le Lightning.

Un pas en avant, deux pas en arrière. Lors de la saison 2018-2019, les Devils finissent 28e au classement général. Shero vend donc plusieurs pièces en retour de choix au repêchage. À la date limite des transactions, Brian Boyle, Marcus Johansson, Keith Kinkaid et Ben Lovejoy sont tous échangés. Après une saison décevante, Shero redouble d’ardeur dans une tentative futile de bâtir une équipe compétitive. Durant l’été 2019, Ray Shero transige pour P.K Subban, ainsi que Nikita Gusev, un attaquant russe au potentiel explosif, en échange de plusieurs choix de 2e et 3e tours au courant des trois prochaines années.

La saison 2019-2020 réserve de grosses attentes pour les partisans du New Jersey. P.K Subban est l’ombre du joueur qu’il était. De l’autre côté, Gusev impressionne avec une récolte de 44 points et 66 parties. Les Devils ne gagnent pas, quelque chose doit changer. Le président du club décide de renvoyer Shero et le remplace par Tom Fitzgerald. La direction prise par le directeur général par intérim semble plus claire : tout vendre et rebâtir. Il décide donc de vendre des pièces importantes en échange de choix au repêchage.

Cette fois, c’est Taylor Hall, Blake Coleman, Andy Greene, Louis Domingue, Wayne Simmonds et Sami Vatanen qui déménagent. En retour, Fitzgerald reçoit plusieurs choix de qualité, ainsi que quelques joueurs mineurs. Le retour dans l’échange de Blake Coleman (Nolan Foote et un choix de premier tour) est un vol. Les Devils se départissent d’un joueur de 3e trio et reçoivent un joueur intéressant, ainsi qu’un choix de fin de première ronde. La position de directeur général n’est toutefois pas assurée pour Tom Fitzgerald. Or, ses premiers pas dans sa nouvelle position sont très prometteurs. Son approche est, selon moi, nécessaire, mais plusieurs années en retard.

Une descente aux enfers

Évidemment, l’ex-directeur général des Devils n’est pas uniquement à blâmer pour les insuccès de son équipe. Deux pièces importantes du club ont cessé de performer à leur niveau habituel : Cory Schneider et P.K Subban. Les amateurs de hockey s’étaient habitués à des performances élites de Schneider : des moyennes de buts alloués sous la barre des 2,30 et des pourcentages d’efficacité au-delà des ,920. À son meilleur, Schneider partageait la cage de l’équipe nationale américaine et faisait partie des 10 meilleurs gardiens de la ligue.

Les blessures l’ont toutefois ralenti et de décembre 2017 à février 2019, durant presque 14 mois, Schneider n’a pas goûté à la victoire. Durant cette disette, il a une fiche de 0 victoires, 17 défaites et 4 défaites en bris d’égalité. Son pourcentage d’efficacité est tombé sous les ,900 et sa moyenne de buts alloués, au-dessus de 3,00. Rétrogradé pendant plusieurs mois au club-école des Devils de Binghamton, Schneider n’a pas mieux performé. L’Américain de 34 ans a potentiellement joué ses dernières parties dans la LNH cette année. Mackenzie Blackwood (2,77 ; ,915) est prêt à assurer le poste de gardien de but numéro un.

Pour ce qui est de Subban, son déclin n’a aucun rapport avec les blessures. L’ancien joueur du tricolore n’a su stabiliser une défensive poreuse. Son jeu enflammé et risqué derrière une offensive amochée et devant un filet mal protégé ont exposé les lacunes que plusieurs affirmaient voir dans son jeu depuis plusieurs années. Ce ne sont plus des Roman Josi, Mattias Ekholm ou Ryan Ellis de ce monde qui viennent cacher ses bévues : ce sont des Connor Carrick, Damon Severson et Mirco Mueller qui le font. Son punch offensif n’est plus supporté par Matt Duchene, Filip Forsberg ou bien Ryan Johansen. C’est plutôt Miles Wood, John Hayden et Travis Zajac qui complètent ses manœuvres. Le résultat est désolant : 18 points en 68 parties, avec une fiche de -21. Pour un gagnant du trophée Norris payé neuf millions de dollars par saison, ses statistiques sont en-dessous des attentes.

En bref

Une chose est certaine : les performances de ces deux joueurs y sont pour beaucoup lorsqu’on regarde la fiche de New Jersey en 2020. Reste que les choix des Devils lors des repêchages des dernières années sont douteux. Il est toutefois vrai qu’il est difficile d’écouter lorsque les directions ne sont pas claires. Si on veut un navire qui brave les tempêtes, il faut un capitaine qui sait où s’en aller.

Antonin Martinovitch

Ayant pratiqué le sport pendant près de 15 ans, Antonin Martinovitch mange, dort et respire hockey. Amateur de statistiques avancées, il fait parler les chiffres, montrant le sport sous un angle différent. Étudiant au baccalauréat en journalisme à l’UQÀM ainsi que dictionnaire sur pattes, il transmet sa passion du monde sportif à travers ses écrits et ses chroniques vidéos. Ses divers intérêts à un bas âge au football, au golf et à la Formule 1 ont aussi persisté, faisant de lui avant tout un amateur de sport. « Comment aimeriez-vous un travail où, chaque fois que vous commettez une erreur, une grosse lumière rouge s'allume et 18 000 personnes vous huent ? » – Jacques Plante

2 réflexions sur “Le diable ne sait plus danser

  • 29 juin 2020 à 10:57
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    Bon article très dense en information Félicitations !

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  • 29 juin 2020 à 11:29
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    Wow! J’aime l’angle et le contenu, on sent la recherche derrière l’écriture

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