Protester à sa façon

Les joueurs des Stars de Dallas et des Predators de Nashville se sont entremêlés lors des hymnes nationaux, avant leur match de jeudi. Crédit photo : Jason Franson.

Depuis que Colin Kaepernick s’est agenouillé symboliquement durant l’hymne national américain en septembre 2016 afin de protester contre la brutalité policière auprès des minorités ethniques aux États-Unis, ce geste est devenu un symbole de révolte contre le racisme et les inégalités. À la reprise des activités de la LNH mardi dernier, les joueurs y sont plutôt allés d’une autre forme de protestation, et les réactions sont mitigées.

Un mouvement répandu dans la LNH

Plusieurs athlètes issus de minorités ethniques se sont prononcés contre le racisme et en faveur d’un mouvement pouvant apporter du changement dans le monde du sport. Sans toutefois apporter de solutions concrètes, ces athlètes représentent des sources d’inspiration pour plusieurs membres de la société. Mentionner leur support pour cette cause peut parfois être perçu comme un geste dénudé de sens et d’implication. Par exemple, John Tavares, qui a porté un chandail Black Lives Matter, a suscité de nombreuses réactions. Plusieurs amateurs se sont posés la question : « Qu’est-ce qu’un Torontois blanc de 28 ans payé 11 millions de dollars par année connaît au racisme et aux inégalités? »

Quoique fondées, ces interrogations viennent souvent saper le processus et l’objectif du mouvement. Il n’est pas nécessaire d’avoir vécu de telles expériences pour comprendre qu’une réalité comprise d’inégalités et de racisme n’a pas sa place dans notre société ainsi que dans le monde du sport. Plusieurs autres athlètes, dont J.T Brown, l’attaquant du Lightning de Tampa Bay, supportent cette cause avec grand dévouement, partageant plusieurs vidéos sur leur profil Twitter dans l’espoir de sensibiliser les gens au mouvement.

S’agenouiller ou rester debout?

Plusieurs détracteurs du mouvement critiquent l’action de poser un genou par terre lors de l’hymne national, sous prétexte que les militaires ne se sont pas battus pour la démocratie pour que des athlètes manquent de respect au drapeau américain. C’est notamment le cas du 45e président des États-Unis, Donald Trump, qui ne cesse de montrer son désaccord envers le geste. Plus récemment, il a utilisé Twitter pour s’exprimer : « J’ai hâte de regarder les sports en direct, mais chaque fois que je vois un joueur s’agenouiller pendant l’hymne national, signe d’un grand manque de respect pour notre pays et notre drapeau, la partie est terminée pour moi. »

Ce message n’a toutefois pas été le déterrent souhaité puisque, lors de la reprise du baseball, la majeure partie des athlètes ont posé un genou sur le sol en support au mouvement. Idem pour le basketball, alors que beaucoup de joueurs ont choisi ce geste symbolique. LeBron James, Anthony Davis et d’autres joueurs de la NBA ont montré leur soutien au mouvement Black Lives Matter lors de l’ouverture de la saison de la ligue jeudi. Les joueurs ont lié les bras, se sont agenouillés et ont porté des t-shirts Black Lives Matter lors de l’interprétation de l’hymne national, avant le match entre les Lakers de Los Angeles et les Clippers.

La LNH proteste à sa manière

Depuis le retour au jeu du hockey, aucun joueur ne s’est agenouillé pendant les hymnes nationaux. Il est incertain si la ligue a imposé ces restrictions dans le but d’attirer le plus grand nombre de téléspectateurs. Les équipes ont tout de même trouvé des façons originales de montrer leur soutien à la cause. Normalement, les équipes écoutent l’hymne nationale sur leur ligne bleue respective, sans leurs casques. Dans l’objectif de soutenir l’égalité raciale, toutes les équipes participant aux matchs préparatoires cette semaine ont écouté l’hymne national ensemble. Les joueurs des deux équipes de chaque partie étaient entremêlés, en liant parfois leurs bras. Le fait d’être resté debout durant l’hymne a été applaudi par le fils du président, Eric Trump, qui a publié sur son Twitter une vidéo de la partie préparatoire entre les Islanders et les Rangers de New York, avec le commentaire : « Merci @NHL. #Debout. »

Suite à cette publication, nombreux ont été ceux qui ont dénoncé l’inaction de la ligue, en utilisant comme argument que si Eric Trump approuvait ce geste, ce n’était pas un bon signe. L’un d’eux est Ian McLaren, l’hôte d’un podcast des Bruins de Boston intitulé « Locked on Boston Bruins ».

C’est également le cas de Matt Larkin, rédacteur principal pour le média sportif The Hockey News, qui a partagé le tweet de Trump, avec la description : « Soupir. Eh bien, c’est ce que vous obtenez en faisant la version “All Lives Matter” de l’agenouillement. »

Même si les réactions des joueurs de la LNH sont extrêmement mitigées, J.T Brown, lui, ne s’est pas gêné pour montrer son soutien à Breonna Taylor. Il a récemment partagé sur son Twitter un article qu’il avait écrit en 2017 concernant un geste symbolique, avec la description : « Arrêtez les policiers qui ont tué Breonna Taylor. » Lors d’un hymne national en 2017, Brown avait soulevé son poing, à la manière du symbole du mouvement Black Lives Matter. Ce geste lui avait mérité des menaces de mort par certains amateurs frustrés. Suite à cette dénonciation en 2017, Brown avait publié un article concernant les raisons qui l’ont mené à soulever son poing. Dans son texte Brown expliquait : « Je ne parle généralement pas de quand j’étais à une fête à la maison au lycée et que certains enfants de l’école ont sorti un fusil de chasse et l’ont pointé sur ma tête pendant qu’ils m’appelaient par le “n-word “. Les gens n’aiment pas ces histoires parce qu’elles révèlent des vérités qu’ils choisissent d’ignorer. Ce sont ces choses qui m’ont façonné en tant qu’homme. Ce sont les choses qui ont toutes conduit à mettre mon poing en l’air. »

Cette année, ce sont Matt Dumba, Pierre-Édouard Bellemare, Nazem Kadri et Jordan Greenway qui ont attiré l’attention avec un geste. Lors de l’hymne national, les quatre joueurs se sont tenus un peu à l’écart des équipes, posant leur main gauche sur l’épaule du joueur adjacent. Dumba fait présentement partie d’une organisation nommée The Hockey Diversity Alliance, soit l’Alliance de la diversité du hockey. Ce dernier ainsi que six autres actuels et anciens joueurs de la LNH, dont Wayne Simmonds, Evander Kane, Trevor Daley et Chris Stewart, ont fondé cette organisation en juin dernier dans le but « d’éradiquer le racisme et l’intolérance au hockey ».

L’objectif des dénonciations et du mouvement n’est pas de s’agenouiller. Le geste du genou au sol est plutôt symbolique, et représente un cri d’appel à la justice pour toutes les minorités ethniques qui ont subi quelque forme de préjudice que ce soit durant leur vie. Il s’agit donc d’agir pour faire réagir, dans le but de conscientiser la population aux injustices subies par les minorités ethniques dans le monde, surtout en rapport avec la brutalité policière. Même si les joueurs et entraîneurs de la LNH ne s’agenouillent pas, plus d’une centaine d’entre eux en ont parlé sur les médias sociaux. Le genou n’est donc pas nécessaire : reconnaître les injustices et en parler pour inciter du changement reste la voie adoptée par la LNH. Il s’agit d’une méthode différente que celles adoptées dans les autres sports. Il faut ainsi comprendre que même si les joueurs restent debout, ils ne sont pas silencieux et ne le resteront pas.

Antonin Martinovitch

Ayant pratiqué le sport pendant près de 15 ans, Antonin Martinovitch mange, dort et respire hockey. Amateur de statistiques avancées, il fait parler les chiffres, montrant le sport sous un angle différent. Étudiant au baccalauréat en journalisme à l’UQÀM ainsi que dictionnaire sur pattes, il transmet sa passion du monde sportif à travers ses écrits et ses chroniques vidéos. Ses divers intérêts à un bas âge au football, au golf et à la Formule 1 ont aussi persisté, faisant de lui avant tout un amateur de sport. « Comment aimeriez-vous un travail où, chaque fois que vous commettez une erreur, une grosse lumière rouge s'allume et 18 000 personnes vous huent ? » – Jacques Plante

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