Agents libres : Du soutien offensif en Europe

Pour Björninen (gauche), Okulov (centre) et Nättinen (droite), c’est maintenant ou jamais qu’il faut faire le saut dans la LNH. Photo : Pixabay | Seiska | Oleg Bukharev | Shutterstock.

La saison de la LNH n’ayant débuté qu’en janvier, un nombre accru de formations ont choisi de prêter leurs jeunes joueurs à des équipes européennes, afin de s’assurer qu’ils arrivent en pleine forme au camp d’entraînement. Pour les hockeyeurs parfois méconnus de ces clubs, cette situation s’est avérée favorable, alors que l’attention portée vers eux s’est vue augmentée.

Devant les yeux des recruteurs nord-américains, certains attaquants ont connu les meilleurs moments de leur carrière. En voici trois qui pourraient même terminer la campagne avec un contrat de la LNH en poche.

Julius Nättinen — Centre/Ailier
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À 1,09 point par match, Julius Nättinen affiche la quatrième meilleure moyenne de la NL. Photo : Sport.ch.

Si vous êtes un fervent lecteur du Club-École depuis ses tous débuts, le nom de Julius Nättinen vous dit peut-être quelque chose. Non seulement est-il le jeune frère de Joonas Nättinen, dont le court passage à Montréal n’a pas été couronné de succès, mais j’avais également traité de son cas l’été dernier, dans ce qui constituait mon premier article sur le site, que je vous invite d’ailleurs à consulter pour un portrait plus complet du joueur. Après avoir terminé au premier rang des buteurs et au troisième rang des pointeurs de la Liiga finlandaise, je voyais en lui une option intéressante pour les directeurs généraux de la Ligue nationale de hockey.

Malgré tout, cette saison, Julius Nättinen a décidé d’aller polir son jeu dans la National League (NL) suisse, face aux nombreux anciens de la LNH qui tentent d’y relancer leur carrière. Une décision sage et judicieuse, alors que l’attaquant finlandais a su confirmer sa place parmi les meilleurs joueurs européens disponibles.

Avec le HC Ambrì-Piotta, Nättinen a repris là où il avait laissé en mars dernier. En 22 rencontres, le franc-tireur gaucher a récolté 16 buts et 8 passes, pour 24 points. Si ce n’était de la blessure qu’il a subie le 17 janvier et qui le tient à l’écart depuis, il valserait dans le top 5 des pointeurs de la NL, devant notamment Sven Andrighetto, dont vous vous rappelez sûrement. En fait, sa moyenne de 1,09 point par match est exceptionnelle pour un joueur de son âge. Et elle semble être un indice de succès en Amérique du Nord.

Comparons Julius Nättinen à deux joueurs qui ont quitté la NL à son âge, soit 24 ans, pour faire le saut directement dans la LNH : Dominik Kubalík et Pius Suter, des Blackhawks de Chicago. À sa dernière saison en Suisse, seul Kubalík a maintenu une meilleure moyenne de points par match que celle qu’affiche Nättinen au moment d’écrire ces lignes. À noter que la production offensive de Suter lui a valu le titre de joueur le plus utile du championnat l’an dernier.


Pour Dominik Kubalík et Pius Suter, la transition vers la LNH s’est faite sans anicroche. Marquant 30 buts pour la première fois de sa carrière professionnelle, Kubalík s’est mérité une nomination au trophée Calder en 2020. De son côté, Suter est également en train de s’imposer comme un pilier de l’attaque décimée des Blackhawks de Chicago, remplissant présentement le rôle de premier centre, entouré de Patrick Kane et d’Alex DeBrincat. Bien que l’échantillon de matchs soit mince, il est en voie de connaître une campagne d’un peu plus d’un demi-point par rencontre.

Certes, la qualité du jeu de Kubalík et de Suter peut être mise en doute. Les deux joueurs évoluant ou ayant évolué aux côtés des Kane, DeBrincat et Toews, il serait facile de discréditer leur travail, et ce, même si les statistiques prouvent que Chicago a plus besoin de leur talent offensif que le contraire.

Cela dit, on pourrait se demander si Nättinen arriverait à préserver une fiche similaire à la leur au sein d’une autre formation. Mais pour un jeune joueur qui connaît une progression fulgurante, qui a su s’adapter à trois ligues différentes en quatre ans, qui est familiarisé au hockey nord-américain, ayant passé du temps dans la OHL et dans la AHL, et qui a déjà paraphé un contrat d’entrée il y a quelques années, signifiant qu’il pourrait signer à long terme dès cet été, ce questionnement en vaut-il uniquement la peine?

Hannes Björninen — Centre
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Hannes Björninen est originaire de Lahti, où il joue actuellement. Photo : Tomi Natri.

Surnommé « le héros de Lahti », Hannes Björninen est devenu un visage de la Finlande tout entière il y a bientôt trois ans. Le C brodé sur son chandail tel le S de Superman, Björninen a alors laissé paraître ses superpouvoirs. Depuis, il semble invincible.

À regarder les statistiques d’Hannes Björninen, c’est à se demander ce qui explique qu’il soit passé sous le radar au repêchage de 2014. Pourtant, l’attaquant était placé au 40e rang du classement international préliminaire, sortant d’une saison de plus d’un point par match avec la formation des moins de 20 ans des Pelicans.

La réalité, c’est que Björninen n’entre peut-être pas dans la catégorie des joueurs attrayants, surtout pour une Ligue nationale de plus en plus offensive. Pour faire une comparaison locale (en dépit du fait que je déteste comparer les joueurs entre eux), ce n’est pas un Tomas Tatar ou un Tyler Toffoli, mais plutôt un Phillip Danault ou un Artturi Lehkonen. Ce n’est pas nécessairement le joueur qui ira marquer le gros but en prolongation, mais plutôt celui qui empêchera les contre-attaques des gros canons adverses. C’est un joueur responsable et fiable, peu importe la situation de jeu. C’est un joueur bidimensionnel comme seule la Finlande sait en produire.

En d’autres termes, bien qu’aucun aspect de son jeu ne soit étincelant, Hannes Björninen est bon dans tout. À 6 pieds 1 pouce et 190 livres, le gaucher est en mesure de se faire de la place dans les culottes des joueurs et des gardiens adverses, en plus de limiter l’espace dans les siennes. C’est un joueur impliqué, qui n’a pas peur des batailles en fond de territoire. Son statut de joueur vedette n’a jamais rien changé à son style de jeu.

En somme, Hannes Björninen crée des choses, et c’est plus payant que jamais depuis maintenant trois saisons. S’étant développé sur le tard, le joueur de 25 ans se retrouve actuellement au pic d’une courbe de progression exponentielle. Sa moyenne d’un point par rencontre (32 en 32) cette saison constitue pratiquement le double de celle de la campagne 2018-2019 (0,59), au cours de laquelle il a rempli le rôle de capitaine des Pelicans pour la première fois, à seulement 22 ans.

S’il n’est pas un marqueur naturel lui-même, la vision et le QI d’Hannes Björninen représentent un cadeau du ciel pour les francs-tireurs qui ont la chance de le côtoyer. Du lot, le nom de Jesse Ylönen ressort. Björninen a connu ses meilleures saisons lorsque flanqué de l’espoir des Canadiens de Montréal. Marc Bergevin pourrait-il être tenté de ramener cette chimie en Amérique du Nord? Difficile à dire. Ce qui est sûr, cependant, c’est que Hannes Björninen s’intégrerait parfaitement au système de jeu du Tricolore.

Konstantin Okulov — Ailier droit/Centre
Avec six buts à cinq contre quatre, Konstantin Okulov est une menace sur l’avantage numérique. Photo : Getty Images.

Comme Julius Nättinen, Konstantin Okulov est un de ces gros poissons qui n’ont pas mordu au printemps dernier. Les Canadiens avaient lancé leur appât, les Leafs aussi. Mais, au final, rien. Okulov a choisi de rester en KHL pour une autre saison. Résultat : il sera de retour sur le marché au terme de la campagne actuelle et sera certainement au centre d’un deuxième derby en deux ans.

À 25 ans, bientôt 26, Konstantin Okulov est un véritable leader offensif, et ce, en n’évoluant que sur une deuxième ligne. En 50 matchs avec le CSKA Moscou cette saison, le Russe a amassé pas moins de 18 buts et 27 passes, pour 45 points. De son total de buts, six sont des buts gagnants, ce qui le place au troisième rang de la ligue à ce niveau, à égalité avec, entre autres, Vadim Shipachyov, Reid Boucher et Nigel Dawes, trois joueurs qui traînent un plus grand bagage d’expérience dans le hockey professionnel.

Depuis son arrivée avec le CSKA Moscou, Okulov est un attaquant fiable, dont le travail en zone offensive vient souvent couper les jambes de ceux qui l’affrontent. Il y excelle de plus en plus chaque année. La constance de sa progression est d’ailleurs bien représentée dans le graphique ci-dessous.


Quoiqu’il soit très peu probable qu’Okulov produise au rythme d’Evgenii Dadonov à son arrivée en Amérique du Nord, c’est-à-dire que sa production devrait plutôt se rapprocher de celle d’un attaquant de troisième trio comme Mikhaïl Grigorenko, il est intéressant de constater qu’aucun de ces deux joueurs n’a connu une progression linéaire comme celle de Konstantin Okulov dans la KHL. De ce fait, l’équipe qui s’entendra avec lui pourrait être surprise de ce que lui offrira le joueur, qui est présentement à l’apogée de sa carrière.

En raison de la taille de la glace en KHL, qui est favorable aux attaquants comme Okulov, qui utilisent leur physique pour se créer de l’espace, au lieu de s’en tenir à leur positionnement ou à leur coup de patin, il peut être difficile de prévoir l’impact offensif des joueurs de ce genre lorsqu’ils traversent l’Atlantique. Pour preuve, après avoir dominé la ligue au niveau des points, Vadim Shipachyov a été facilement maîtrisé par les défenses adverses lors de ses quelques rencontres dans l’uniforme des Golden Knights de Vegas. Pris avec un pétard mouillé, George McPhee s’en est départi le plus rapidement possible.

Néanmoins, les cas de Konstantin Okulov et Vadim Shipachyov ne doivent pas être mis dans le même panier. Alors âgé de 30 ans, ce dernier avait paraphé une entente de 4,5 millions $ par saison, ce qui pèse très lourd sur la masse salariale d’une formation de la Ligue nationale de hockey. Dans ces circonstances, la patience des directeurs généraux est considérablement réduite. De son côté, Okulov est toujours éligible à un contrat d’entrée en LNH, dont la limite salariale est de 925 000 $ par saison. Un risque faible pour un haut potentiel.

Jérémy Labrie

Ayant contribué à quelques médias sportifs amateurs au cours de son adolescence, Jérémy Labrie intègre, en 2017, l'option Médias du programme d'Arts, lettres et communication du Cégep Édouard-Montpetit avec une connaissance accrue du journalisme web. Maintenant étudiant en journalisme à l'Université du Québec à Montréal, il met son expérience au service du Club-École pour en faire une source d'information fiable et de qualité. Il a auparavant collaboré à deux reprises avec le pupitre sport du magazine étudiant L'Apostrophe. S'intéressant tout de même à la majorité des sports couverts par Le Club-École, il se spécialise dans le hockey et le basketball.

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