Martinovitch explique : le PDO

Le PDO est une statistique avancée peu utilisée par les experts.

Dans cette série explicative d’articles, j’aborde chacune des statistiques avancées utilisées dans le monde du hockey. J’explore les calculs utilisés pour parvenir à ces mesures, leur utilité quant à l’impact d’un joueur sur la patinoire et les autres mesures avec lesquelles elles peuvent être combinées.

Comment calcule-t-on le PDO?

Le PDO est une mesure qui prend en compte deux statistiques : le pourcentage d’efficacité des tirs de l’équipe du joueur lorsque celui-ci est sur la patinoire (oiSH%), ainsi que le pourcentage d’efficacité du gardien de l’équipe du joueur lorsqu’il est sur la glace (oiSV%). En additionnant ces deux statistiques, on obtient le PDO. À l’habitude, puisque le oiSH% tourne aux alentours de 10% et que le oiSV% est de plus ou moins 90%, le PDO se retrouve généralement dans les environs de 100%. Comme on peut le voir dans l’image ci-bas, prise du site Hockey-Reference.com, en 2019-2020, Nick Suzuki a obtenu un oiSH% de 7,1%, et un oiSV% de 90,4%, lui donnant un PDO de 97,5%.

Le PDO de Nick Suzuki des Canadiens de Montréal. Source : Hockey-Reference.com.
Ce que veut dire le PDO

Un PDO plus bas est le résultat de deux choses : un oiSH% faible combiné (ou non) avec un oiSV% faible. Si le PDO d’un joueur est faible, il aura tendance à avoir un différentiel dans le négatif, comme dans le cas de Suzuki, qui a eu un PDO de 97,5 en 2019-2020 et qui a terminé la saison avec un différentiel de -15. Vous aurez compris que le contraire est aussi vrai, comme dans le cas de Patrice Bergeron, qui a terminé la campagne précédente avec un PDO de 103,2% et un différentiel de +28.

Qu’est-ce qui influence le PDO?

La liste de facteurs pouvant influencer le PDO est beaucoup trop longue pour que je nomme tous les éléments qui entrent en jeu, mais je vais tout de même mentionner les plus importants. Du côté du oiSH%, le talent des compagnons de trio du joueur peuvent faire fluctuer à la hausse ou à la baisse cette mesure. Par exemple, si Suzuki joue avec Jordan Weal et Dale Weise, deux joueurs qui ne sont pas reconnus pour leurs tirs puissants, le oiSH% aura tendance à être plus faible. Cependant, si Suzuki joue avec Jonathan Drouin et Josh Anderson, ce qui est le cas cette année, son oiSH% aura tendance à être à la hausse, comme on peut le voir dans l’image ci-haut. Un autre facteur pouvant influencer le oiSH%, c’est la chance. Qu’on le veuille ou non, le hockey est le sport qui prend le plus en compte le facteur chance, qu’il s’agisse de déviations ou de bonds chanceux. Les Flyers ont tout de même réussi à éliminer les Canadiens lors des séries l’an passé en étant majoritairement chanceux.

Pour ce qui est du oiSV%, la qualité de la défensive influence cette mesure : une défensive stable, comme celle, par exemple, des Hurricanes de la Caroline, donnera moins de chances de marquer dangereuses qu’une équipe comme les Sénateurs d’Ottawa. On l’a bien vu l’an passé, lorsque David Ayres, un conducteur de zamboni, a réussi à stopper les Maple Leafs en troisième période, alors qu’il était dans la cage des Hurricanes. La qualité du gardien de but influence aussi énormément cette mesure : Connor Hellebuyck aura évidemment un meilleur pourcentage d’efficacité qu’un Marcus Hogberg, par exemple. Il y a aussi le facteur chance qui entre en jeu, tout comme pour le oiSH%.

 Nick Suzuki a récolté 12 points en 14 rencontres en ce début de campagne 2020-2021. Photo : Nicholas T. LoVerde (Getty Images).
Le PDO combiné à d’autres statistiques

En combinant le PDO avec d’autres mesures, on peut expliquer les performances d’un joueur. Par exemple, en y combinant le Corsi, que j’ai détaillé dans mon dernier article, on arrive à saisir si un joueur bénéficie d’un facteur chance élevé ou faible et/ou s’il joue avec des coéquipiers qui ont des qualités offensives intéressantes. Un joueur ayant un Corsi supérieur à 50% contrôlera la majorité des tentatives de lancer lorsque sur la patinoire. Si ce même joueur a un PDO inférieur à 100% et qu’il a un différentiel dans le négatif, on peut assumer que ses coéquipiers n’ont pas une portée offensive prédominante, ou bien simplement que ce dernier n’est pas chanceux. Règle générale, si un joueur tire plus souvent que l’équipe adverse, il y a plus de chances qu’il compte plus de buts, donc qu’il ait un différentiel positif. Cependant, comme je l’ai précédemment mentionné, jouer avec des coéquipiers plus défensifs peut faire baisser le oiSH%, résultant en un PDO plus faible et un différentiel négatif. Ainsi, si un joueur possède un Corsi supérieur à 50% et un PDO inférieur à 100%, on peut pratiquement prédire que ce joueur ne joue pas avec des compagnons de trio élites, et que de meilleurs coéquipiers l’aideraient forcément.

C’est le cas, notamment, de NIck Suzuki. En 2019-2020, Suzuki a joué une grande partie de la saison sur le troisième et quatrième trio des Canadiens, en compagnie de joueurs comme Jordan Weal, Dale Weise, Artturi Lekhonen et Paul Byron, qui ne sont pas reconnus pour leurs habiletés offensives. Suzuki a récolté un Corsi de 53,4%, mais un PDO de 97,5%. Il a donc contrôlé la majorité des tentatives de lancer, mais a eu un oiSH% faible de 7,1% et un oiSV% de 90,4%, ainsi qu’un différentiel de -15. Cette année, son Corsi est toujours supérieur à 50% (51%), mais son oiSH% a augmenté à 11,7% et son oiSV% à 92%, lui donnant un PDO de 103,7% et un différentiel de +15. Une raison expliquant cette augmentation réside dans la composition de son trio. Au lieu de jouer avec Weise et Weal, Suzuki joue avec Jonathan Drouin (11 points) et Josh Anderson (9 buts, 11 points). Oui, Suzuki s’est amélioré depuis l’an passé, mais si on s’était attardé à son PDO comme unique mesure de son efficacité sur la patinoire, on aurait pu tirer des conclusions erronées, ou du moins précipitées. La romancière britannique Margaret Murphy l’a si bien dit : « Le contexte, c’est tout ».

Le PDO : utile ou non?

À mon humble avis, le PDO est trop simpliste et est le résultat de trop de facteurs différents pour être efficace. Comme je l’ai mentionné plus haut, on ne peut pas uniquement regarder le PDO et tirer des conclusions sur un joueur puisque la qualité de son équipe – ses compagnons de trio, sa défense et son gardien de but – peut venir brouiller les cartes. La chance a aussi un grand rôle à jouer dans le flux du PDO, ce qui rend la statistique pratiquement futile, à moins qu’on sache la combiner à d’autres statistiques avancées, comme le Corsi, ou même les buts pour attendus (xGF).

Antonin Martinovitch

Ayant pratiqué le sport pendant près de 15 ans, Antonin Martinovitch mange, dort et respire hockey. Amateur de statistiques avancées, il fait parler les chiffres, montrant le sport sous un angle différent. Étudiant au baccalauréat en journalisme à l’UQÀM ainsi que dictionnaire sur pattes, il transmet sa passion du monde sportif à travers ses écrits et ses chroniques vidéos. Ses divers intérêts à un bas âge au football, au golf et à la Formule 1 ont aussi persisté, faisant de lui avant tout un amateur de sport. « Comment aimeriez-vous un travail où, chaque fois que vous commettez une erreur, une grosse lumière rouge s'allume et 18 000 personnes vous huent ? » – Jacques Plante

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