Est-ce que les athlètes féminines sont bien représentées dans l’UFC?

Amanda Nunes et Holly Holm, le 6 juillet 2019. Crédit photo: Twitter (@MMAHistoryToday).

Les arts martiaux mixtes sont un nouveau sport d’une vingtaine d’années seulement. Ça aura pris quelques années de plus pour y voir apparaître des athlètes féminines. C’est en 2013 que l’UFC (Ultimate Fighting Championship) inaugure sa première division féminine. Depuis, est-ce que l’UFC présente proportionnellement autant de combats d’athlètes masculins que féminins?

Le 23 février 2013, Ronda Rousey remportait le tout premier combat entre deux athlètes féminines de l’histoire de l’UFC contre Liz Carmouche. La combattante américaine y est allée d’une clé de bras à la toute fin de la première ronde pour remporter la première ceinture des poids coqs féminins en UFC. C’était le début d’une longue aventure pour la championne et pour les arts martiaux mixtes féminins.

Depuis, des grands noms du sport comme Joanna Jędrzejczyk, Valentina Shevchenko et Amanda Nunes ont poussé et amené le sport à un autre niveau, celui que l’on connaît aujourd’hui. Cependant, même si l’UFC donne une place de choix aux athlètes féminines et vend assez bien ses combats pour les différents titres, il est possible de conclure que les combattantes n’ont pas toute la tribune qui leur revient à heure de grande écoute.

Présence dans les combats à la carte

Le Club-École a compilé le genre de tous les matchs présentés à la télé à la carte de l’UFC depuis ce fameux combat de février 2013. Pourquoi seulement les types d’événements? Parce que ce sont les plus importants financièrement et sportivement pour l’Ultimate Fighting Championship. Les événements à la carte, pay-per-view en anglais, doivent être commandés individuellement pour la modique somme de 59,99$ minimum.

Ronda Rousey et Liz Carmouche lors de l’UFC 157. Crédit photo: Jeff Gross / Getty Images.

C’est lors de ces soirées que sont généralement disputées les ceintures de championnat. Elles sont plus rares que les événements présentés entièrement sur les chaînes spécialisées en sport comme ESPN. Donc, la carte principale de ces événements, vendue à gros prix, est considérée comme une des plus prestigieuses.

Parmi les 460 combats disputés depuis le 23 février 2013, 58 étaient entre deux athlètes féminines, soit 13% du total des affrontements. Est-ce que ce chiffre est élevé? Non, mais il peut s’expliquer.

Intégration progressive

Il y a de cela sept ans, alors que Rousey s’imposait contre Carmouche, l’UFC tentait d’intégrer les athlètes féminines de manière progressive dans son organisation. En 2013, les poids coqs avaient leur championne. Il a fallu attendre en 2015 pour voir une ceinture des poids pailles et un autre deux ans pour voir les poids mouches faire leur apparition dans la plus grande entreprise d’arts martiaux mixtes au monde. Les poids plumes étant aussi introduits en 2017, son absence d’activité fait en sorte qu’elle ne doit pas être comptabilisée.

Donc, présentement, il y a trois catégories féminines actives dans l’UFC pour huit masculines. 27% des catégories sont donc féminines. Cependant, étant donné que ces catégories ne sont pas arrivées en même temps, le calcul des moyennes est évalué à 21%. Dans un monde idéal, il devrait y avoir 21% de combats féminins en carte principale de l’UFC au lieu de 13%. L’organisation présente donc un écart de 8%.

OrdreFréquencePourcentage
Cinquième1516%
Quatrième1820%
Troisième78%
Deuxième78%
Premier1112%
Total5813%
Fréquence des combats d’athlètes féminines et leur pourcentage par rapport à ceux des hommes dans l’UFC.
Calibre trop différent

« Il ne faut pas non plus oublier qu’il y a une dizaine d’années, l’UFC ne comptait aucune catégorie féminine, alors que le Bellator en avait déjà, sans parler d’Invicta, qui est un circuit MMA exclusivement réservé aux femmes », explique François Gagnon, analyste des arts martiaux mixtes sur le podcast One Punch. En effet, au milieu des années 2010, l’UFC testait énormément le marché des arts martiaux mixtes féminins. De plus, avec une seule catégorie entre 2013 et 2015, il a été difficile de l’entretenir tout en la testant, ce qui explique un lent départ de ce côté.

« Le gros problème de l’UFC présentement au niveau des combats féminins, c’est le manque de profondeur des combattantes, ou la domination complète des championnes de chaque catégorie, surtout qu’Amanda Nunes en a 2 [poids plumes et poids coqs] à elle seule », poursuit François Gagnon. À l’instar de Nunes, Ronda Rousey est l’une de ces combattantes qui semble sans faille.

« Le calibre est trop gros entre ces deux classes de combattantes. Les cartes des gros galas demandent des gros affrontements entre deux gros noms d’une catégorie. Un combat entre la 5e et la 15e serait un excellent combat, mais pas assez prestigieux pour un pay-per-view. »

Ordre des combats

En somme, l’UFC a un retard sur son nombre de combats, mais, si l’on regarde l’ordre des combats sur la carte principale, on peut remarquer que l’organisation donne beaucoup de place aux deux derniers combats de la soirée, soit les deux plus importants.

« Ça a beaucoup de sens, explique François Gagnon. Étant donné que l’écart de niveau est trop grand et que ça ne ferait pas de si bon combat, l’UFC va donc privilégier les ceintures de championnat pour ses matchs féminins. Je ne suis pas surpris de voir que ce sont les deux places les plus importantes sur une carte qui sont attribués en majorité pour les combats féminins. »

L’ordre des combats dans l’UFC est en ordre d’importance. Le cinquième est le dernier, donc le plus important de la soirée.
Du progrès à faire, mais…

… l’UFC semble dans la bonne voie. Les chiffres ne sont pas ce qu’ils devraient être, mais ils peuvent s’expliquer par un lent départ du côté de l’organisation et l’écart de talents entre le bassin habituel et les combattantes d’élite.

Lentement, mais sûrement, les athlètes féminines auront leur juste part du gâteau dans l’UFC, cette organisation qui, malgré tout, en fait déjà pas mal pour le sport féminin, comparativement à quelques autres ligues de sport professionnel en Amérique du Nord.

Étienne Bouthillier

Étudiant en journalisme à l'UQAM, Étienne Bouthillier tombe amoureux du soccer lors de la Coupe du Monde 2014. Ses premiers pas dans le monde des médias remontent à 2016, où il écrit des articles pour le Kan Football Club pendant deux ans. En 2018, il se lance dans le monde du podcast avec « Les Trois Lions », un balado sur le foot anglais. Il anime aujourd'hui l'émission hebdomadaire du Kan Football Club sur CHOQ.ca. Il est aussi impliqué dans les activités du Royal de Montréal, l'équipe professionnelle d'ultimate frisbee de la métropole. Ses champs d'expertise sont le soccer, l'ultimate frisbee et les arts martiaux mixtes.

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